Recueil des résumés – Section Littérature

Cristiana Nicola TEODORESCU

Université de Craiova, Roumanie

Stupeur et tremblement d’Amélie Nothomb : une analyse des marques de la subjectivité

L’article propose une analyse des marques de la subjectivité dans le roman Stupeur et tremblement d’Amélie Nothomb. L’auteur fait preuve d’une écriture très dense et limpide, et en même temps, charnelle. Une écriture qui n’est jamais statique, mais en permanente gestation sémantique. Une écriture qui reste la manifestation concrète, palpable d’un besoin impérieux d’(auto)manifestation et d’un désir ardent d’(auto)connaissance. Notre objectif est de comprendre quels sont les mécanismes de l’expression de la subjectivité dans l’écriture d’Amélie Nothomb, cet écrivain d’une qualité incontestable pour lequel «l’idée du bonheur» est représentée par «l’écriture». Les mécanismes référentiels, les expressions contextuelles, la localisation temporelle, les subjectivèmes sont analysés, tout en comparant la version originale et la traduction en roumain (Uimire si cutremur, Bucuresti, Polirom, 2006, traduction Dragos Bobu) pour voir quels sont les mécanismes langagiers de la subjectivité en français et quels sont les possibilités de transposition en roumain. Les méthodes descriptive et contrastive sont utilisées pour rendre compte de cet investissement personnel de l’auteur dans ses romans, car Amélie Nothomb affirme que «Je m’investis autant dans chacun de mes livres. Il y a de moi dans chacun d’eux». Il y a de l’autobiographie, il y a de la fiction, mais, dans tous les cas, cette identification avec ses personnages et ses livres fait d’Amélie Nothomb un écrivain qui ne met pas de barrière entre sa vie et sa création, sa création étant sa vie entière. D’où cette forte marque de subjectivité qui traverse son écriture et qui la rend si charnelle.




Toussaint Ondoua HERVÉ

Université de Yaoundé 1, Cameroun

Jacques Derrida et l`itérabilité du texte

Quel est l’enjeu de l’écriture dans la pensée de Derrida ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication. A partir d’une approche de l’analyse textuelle, il est question de montrer que la pratique de l’écriture derridienne, apparaît comme une logique de la « différance » et de la « trace ». Derrida met en exergue une autre écriture. Celle-ci n’est plus transcription ou matérialisation de la parole, expression d’un vouloir-dire. Dès lors, l’écriture ne repose pas sur l’intention mais sur l’« itérabilité ». Elle peut s’exercer indépendamment d’un agent signifiant. Derrida milite donc pour une pensée du signe détaché de son origine locutoire, et ramené à sa trace graphique : le lecteur a face à lui non pas une intention, mais bien plutôt un signe graphique, ce graphe étant une trace d’un vouloir dire différé, et cette trace se réitère indéfiniment, sans qu’il ne soit possible d’assigner à celle-ci un commencement, ni une fin, car entamé par la « différance ». Ainsi, L’ « itérabilité » qui fonde la décontextualisation et l’absence du locuteur n’est-elle pas source du constructivisme social et du poststructuralisme ?



Elena VELESCU

Université de Sciences Agricoles et Médecine Vétérinaire « Ion Ionescu de la Brad » Iasi, Roumanie

Le concept de la ruine au XVIIIe siècle dans l’espace littéraire franco-allemand entre fascination du regard et affectivité dans sa représentation

La fascination pour les ruines connaît un vif intérêt au XVIIIe siècle avec l’essor des grandes expeditions des voyageurs comme Goethe, Volney, Chateaubriand, l’Abbe de Saint-Non et d’autres, la popularité de cette littérature de voyage qui décrit les ruines et les pays exotiques (en particulier la Grèce, l’Egypte, les villes anciennes de Palmyra et Baal-bek en Syrie), l’étude de l’archéologie qui a conduit aux découvertes d’Herculanum (1738), puis de Pompéi (1748), des événements comme le tremblement de terre de Lisbonne (1755) dont les débris inspireront Jacques Philippe Le Bas (1707-1783) dans une magistrale collection (Recueil des plus belles ruines de Lisbonne causées par le tremblement et par le feu du premier Novembre 1755), mais surtout le développement de l’esthétique du pittoresque qui sera responsable pour la conversion des ruines comme symbole de la décadence dans un objet de contemplation qui inspirera une complexe méditation sur le devenir humain.

Nous nous sommes interrogé sur ce qui fait la différence entre ruines et simples débris, quel est le regard porté sur la ruine à cette période et surtout quelles sont les profondes répercussions de ces mutations dans l’axe temps-histoire-nature, lorsque le spectacle des ruines peut nous donner fugitivement l’intuition d’un temps pur, d’ « un temps sans histoire » (Augé, 2003).

Dans l’expérience de la destruction, à laquelle elle nous expose, la ruine nous fait également appréhender la possibilité du reconstruire. Ecrire devient alors un acte qui fait remonter ces fragments ou ruines intérieures pour reconstruire quelque chose, ce qui persiste d’un désastre immémorial.