August KOVAČEC, Université de Zagreb, Académie croate des sciences et des arts
L’héritage scientifique de Petar Skok dans la linguistique croate et européenne à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de sa mort
Par son activité scientifique et pédagogique s’étendant sur près d’un demi-siècle, Petar Skok a laissé une empreinte profonde dans la linguistique croate et européenne, en particulier dans les domaines de la romanistique, de la balkanologie et de la croatistique. Cette influence s’est exercée tant par ses nombreux travaux publiés que par les générations de jeunes chercheurs et linguistes qui se sont formés sous sa direction ou à son initiative. Compte tenu de l’autorité dont il jouissait dans les milieux scientifiques en Croatie comme en Europe, on peut affirmer sans exagération que Petar Skok est l’une des figures les plus marquantes de la linguistique croate, notamment durant la période de l’entre-deux-guerres. Par le nombre de ses publications— livres, études, articles et comptes rendus — il figure parmi les linguistes croates les plus prolifiques. Dans un esprit qui rappelle, dans une certaine mesure, l’encyclopédisme positiviste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, Skok ne s’est pas limité à la seule linguistique ni à la seule romanistique. Tant en raison de ses intérêts personnels que de ses obligations d’enseignement, il a suivi de manière systématique l’histoire et la théorie littéraires, ainsi que les littératures française, italienne et d’autres littératures romanes. Il se tenait attentivement informé des avancées de l’archéologie et de l’histoire, de l’histoire ecclésiastique, du folklore et de l’ethnologie des espaces pannonien, balkanique et méditerranéen. Il suivait également de près le développement de la slavistique, de la linguistique indo-européenne et de la balkanologie.Parallèlement à la maîtrise indispensable des langues classiques, des langues romanes et de l’allemand, il s’est formé de manière systématique et approfondie — principalement pour les besoins de ses recherches linguistiques — aux langues slaves ainsi qu’aux langues de l’aire sud-slave, telles que l’albanais, le grec moderne, le turc et le hongrois. Peu de chercheurs sont parvenus, comme Skok, à conjuguer une telle rigueur scientifique et une compétence exceptionnelle avec un champ d’intérêts aussi vaste. À l’instar de ses contemporains linguistes Antun Mayer, Stjepan Ivšić et Henrik Barić, Petar Skok soutient pleinement la comparaison avec les plus éminents linguistes européens de son époque. Il ne fait aucun doute que la majeure partie de son œuvre ne constitue pas seulement une source de documentation historique solide, mais surtout une source d’idées qui continueront d’alimenter de nombreuses générations de chercheurs en linguistique, et tout particulièrementd’étymologistes.
Mots-clés : balkanologie, dalmate, étymologie, istro-roman, romanistique
Ranko MATASOVIĆ, Université de Zagreb, Académie croate des sciences et des arts
Le „Dictionaire étymologique“ de Petar Skok un demi-siècle après sa publication
Le quatrième et dernier volume du Dictionnaire étymologique de la langue croate ou serbe de Petar Skok a été publié à titre posthume en 1974. Il a été en grande partie compilé à partir des notes manuscrites de Skok par son disciple Valentin Putanec et reste, à ce jour, le dictionnaire étymologique le plus complet du croate, car il contient non seulement des mots de la langue standard contemporaine, mais aussi beaucoup de mots dialectaux. Bien qu’il s’agisse toujours d’une œuvre scientifique inégalée, le dictionnaire de Skok souffre d’un certain nombre de lacunes, partiellement corrigées dans notre Dictionnaire étymologique de la langue croate publié avec Tijmen Pronk et Dubravka Ivšić Majić (Zagreb, 2018).
Cet article abordera certains problèmes que l’utilisateur actuel du dictionnaire de Skok pourrait rencontrer : 1. certains mots du croate standard manquent dans le dictionnaire de Skok (par exemple nemušt) ; 2. il existe des renvois à des lemmes qui n’ont jamais été écrits, par exemple tepčiji ; 3. les reconstructions proto-indo-européennes de Skok étaient déjà dépassées en 1974 (par exemple, elles ne contiennent pas les laryngales), ce qui affecte la fiabilité de certaines de ses étymologies, et 4. certains lemmes contiennent des informations contradictoires (ex: pržiti, prgav), ce qui résulte probablement de la rédaction par Putanec de lemmes inachevés écrits par Skok.
Mots-clés : étymologie, Petar Skok, linguistique historique, histoire des mots, lexicologie croate
Olivier SOUTET, Sorbonne Université, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Institut de France
Le temps opératif entre rendement descriptif, référence philosophique et hypothèse neurolinguistique : Etat des lieux sur un débat ancien en psychomécanique du langage
Centrale en psychomécanique, la notion de temps opératif a suscité fans les cercles guillaumiens et à l’extérieur des débats et critiques très vifs, notamment quant à son effectivité empirique (sa mesurabilité). Aux plans méthodologique et épistémologique, nous souhaiterions recadrer le débat en proposant trois axes de description/utilisation de cette notion :
1/sa puissance méthodologique et descriptive comme support d’une ordination aisément visualisable des faits de polysémie (approche philologico-grammaticale) ;
2/ son rôle comme support d’une schématisation cognitive à rapprocher de la schématisation telle qu’elle est conçue dans la conception kantienne de l’imagination (approche logico-philosophique) ;
3/ son possible rapport avec une hypothèse relevant des neurosciences (approche techno-scientifique).
Mots-clés : psychomécanique, schématisation, temps opératif, neurosciences
Samir BAJRIĆ, Université Bourgogne Europe
Énonciation et sujet parlant entre interaction sociale et univers numérique
« Car dire que le langage est au centre de toutes choses humaines, c’est dire que le sujet parlant se trouve en son cœur, c’est lui qui en est le grand ordonnateur ». (Patrick Charaudeau, 2023 : 11)
Les humains, fussent-ils locuteurs naïfs ou linguistes, étaient longtemps restés accoutumés à concevoir la faculté langagière, les actes de langage et les productions linguistiques (l’energeia de W. von Humboldt) dans le strict cadre d’une fonction communicative nécessairement tributaire de l’interaction sociale. Ainsi les fondamentaux mêmes de l’activité langagière, tels l’énonciation (« archétype même de l’inconnaissable », Kerbrat-Orecchioni 1997 : 29) et le sujet parlant (« sujet énonciateur », Larousse Encyclopédique, 1968), furent-ils naturellement assujettis à une conceptualité de l’humain pour le seul compte de l’humain. À titre d’exemple, l’énonciation devait désigner « cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation » (Benveniste 1970 : 12), ou « l’activité langagière exercée par celui qui parle au moment où il parle, mais aussi par celui qui écoute au moment où il écoute » (Anscombre & Ducrot 1976 : 18), ou encore « un continuum entre domaine puissanciel et domaine effectif » (Guillaume, cité dans Boone et Joly 1996 : 138). Quant au concept de sujet parlant, au-delà de l’apophtegme benvenistien – « Est ‘ego’ qui dit ‘ego’ » (Benveniste 1991 : 259) – et du syllogisme guillaumien – « le transformateur des idées permanentes puissancielles en idées momentanées effectives » (Boone et Joly 1996 : 417) -, il fut défini, de manière fédératrice, comme « la figure intrinsèque de l’être-au-monde, corporel et social, toujours pris dans l’expérience de la parole » (Bondi 2014 : 8).
Désormais, les données langagières et énonciatives – à supposer que l’on puisse conserver ces dénominations -, évoluent aussi et de surcroît à travers les nouvelles technologies qui deviennent « des organisateurs centraux de l’action communicative » (Denouël & Granjon 2011 : 17) et qui « semblent pouvoir destituer l’humain de son statut de sujet » (Paveau 2017 : 11). S’il est vrai que l’univers numérique « ne se rapporte pas seulement à des outils informatiques ou technologiques, mais plutôt à des pratiques et des visions du monde qui engendrent des changements sociétaux profonds liés à l’utilisation d’internet » (Doueihi 2013 : 7), il n’en demeure pas moins qu’il affecte et altère considérablement l’acte de langue, l’interprétation et l’engagement même de l’être-locuteur, notamment pour ce que parler et comprendre veut dire à notre époque. Cette communication se donne pour objectif principal de soumettre les notions d’énonciation et de sujet parlant aux particularités créées par les contours des nouveaux terrains d’actualisation linguistique (téléphonie mobile, communication électronique, applications, réseaux sociaux, plateformes, IA, etc.), en vue d’une meilleure connaissance des enjeux phénoménologiques qui en découlent, actuels et futurs.
Mots-clés : énonciation, sujet parlant, numérique, cognition et technologies, textos et messages vocaux, défigement des discours numériques.
Bibliographie sélective
Bajrić, S. 2024 : « L’énonciation comme force créatrice de cas d’ambiguïté », actes du colloque Unités linguistiques et construction du sens. Poétique et esthétique du miroir, université de Belgrade, 4-5 novembre 2022, édition université de Belgrade, volume 15, p. 185-204 : http://doi.fil.bg.ac.rs/volume.php?pt=eb_ser&issue=efa-2024-15&i=9
Bondi, A., 2014, « L’expérience de la parole : le thème du sujet parlant », dans revue Texto ! Textes & Cultures, Volume XIX, 1, Paris, CNRS Éditions, p. 3-19.
Charaudeau P., 2023, Le sujet parlant en sciences du langage : contraintes et libertés, Limoges, Éditions Lambert-Lucas.
Denouël J., Granjon F., 2011, « Communiquer à l’ère numérique. Regards croisés sur la sociologie des usages », Paris, Presses des Mines, p. 18-33.
Doueihi M., 2013, Qu’est-ce que le numérique ? Paris, PUF.
Koch, P., 2017, « Ambiguïté et changement linguistique », dans Hommages à Olivier Soutet, Penser la langue. Sens, texte, histoire, C. Badiou-Monferran, S. Bajrić et P. Monneret (dir.), Paris : Honoré Champion, p. 97-107.
Paveau, M.-A., 2017, L’analyse du discours numérique, Paris, Hermann Éditeurs.
Raza A., Bakhshi A. & Koshul, B., 2019, “An application of Peircean triodic logic: modelling vagueness”, in Journal of Logic and Information, 28, p. 389-426.
Nicolas FROELIGER, Université Paris Cité, Laboratoire ALTAE
Le problème de la représentation en biotraduction et à l’heure de l’IA
Traduire, c’est d’abord savoir poser les bonnes questions. En tout cas une fois que les problèmes généraux de compréhension de la langue originale et de maîtrise de l’expression dans la langue d’arrivée sont réglés. Nous parlons ici de traduction réalisée par des êtres humains, ou biotraduction. La question est alors de déterminer ce qui définit une bonne question : comment former et transmettre une représentation juste, en contexte ? Cette contribution entend faire le point sur différents outils intellectuels qui ont tenté d’y parvenir, en particulier celle de lecteur modèle (Umberto Eco), de schémas cognitifs (Bertrand Labasse), d’unités de compréhension (Rita Temmermann), ou tout simplement de prototypes et qui nous semblent tous avoir la même portée pratique. Ce sera l’objet d’une première partie, qui s’appuiera sur des exemples de traduction anglais-français. Nous partons donc du principe que le problème est avant tout cognitif. Comment, à partir de cette base commune sous des appellations variables, affiner la qualité du résultat ? Nous expliquerons dans une deuxième partie comment l’instillation d’une dose de pensée statistique peut y contribuer, en nous aidant notamment des travaux de Daniel Kahneman et Steven Pinker. Mais bien sûr, il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte que la traduction automatique par réseaux de neurones (ou TAN) et, plus récemment encore, l’intelligence artificielle (AI), viennent remettre en cause nos pratiques, nos modes d’exercice, la place de la fonction traduction dans nos sociétés, et la manière-même dont nous pouvons penser la traduction – y compris l’intérêt de maîtriser langues de départ et d’arrivée, et la pertinence même du terme traduction. D’où un certain désarroi, chez les professionnels, les formateurs et certains traductologues. Il s’agira donc, dans une troisième partie, de faire le choix, risqué, du volontarisme, pour se demander si les mécanismes envisagés plus tôt ne fournissent pas des clefs pour, non seulement comprendre globalement comment fonctionnent ces nouvelles technologies, mais aussi parvenir à faire converger les apports de la biotraduction et des outils numériques, avec comme horizons le service rendu et la dimension stratégique de l’intervention du traducteur dans le processus.
Mots-clés : biotraduction, traduction professionnelle, traductologie cognitive, traduction automatique neuronale (TAN), intelligence artificielle (AI)
Ioana GALLERON, Université Sorbonne-Nouvelle
Qui a peur des grands modèles de langue ? Plaidoyer pour des études littéraires assistées par l’IA
De la même façon que Wikipedia n’a pas ruiné l’enseignement, ni le livre numérique mis au tombeau les éditions papier, l’IA générative ne va probablement pas vivre à la hauteur des scénarii catastrophe qu’on bâtit depuis son émergence. C’est à partir de cette conviction que cette conférence tentera d’esquisser un portrait-robot du chercheur, de l’enseignant et de l’étudiant en littérature, d’ici une trentaine d’années. À partir de l’observation de quelques tendances actuelles, et en continuant de supposer un goût indéracinable pour la lecture comme dénominateur commun de ces trois figures, on se penchera sur les nouvelles manières d’éditer, d’interpréter et surtout d’aimer la littérature, rendues possibles par l’IA.
Il sera ainsi question, dans une première partie, des apports de l’IA à l’acquisition, à l’établissement et à la présentation des textes, depuis la façon dont elle améliore les performances des systèmes d’OCR, et jusqu’à ses apports en matière d’enrichissement des éditions numériques.
On se penchera ensuite sur la façon dont l’IA modifie, parfois en profondeur, l’acte d’interprétation dans les études littéraires, grâce à trois phénomènes conjoints : la réduction du coût cognitif d’accès à des méthodes d’analyse numérique (statistiques textuelles et visualisations) ; la possibilité d’effectuer des contextualisations plus étendues, donnant une autre envergure aux études intertextuelles ; et enfin l’ouverture inattendue d’un espace d’expérimentation, dans une discipline où la réplicabilité, le raisonnement par induction et la démonstration par les contre-exemples ne sont pas monnaie courante.
Pour finir, on s’interrogera sur les peurs que suscite l’IA (délestage cognitif, inutilité des spécialistes du texte et des sciences humaines en général, perte de sens de l’acte d’interprétation). On y reconnaîtra des craintes plus anciennes des littéraires, et on s’interrogera dans quelle mesure l’IA peut représenter une opportunité sinon de les faire disparaître, du moins de les surmonter une fois de plus. Et si l’IA, en définitive, était le plus convaincant plaidoyer pour la lecture ?
Mots-clés : IA, études littéraires, édition numérique, épistémologie des SHS
Références bibliographiques
Audin, Yann ; Verstraete, Mathilde ; Vitali-Rosati, Marcello « Intelligence Artificielle Littéraire », Humanistica 2023, Association francophone des humanités numériques, Juin 2023, Genève, Suisse. [hal-04131573]
Bonaccorsi, Andrea, The Knowledge of Humanities. A Comparative Epistemology of Historiography, Literary Criticism, History of Art, and History of Architecture, Brepols, 2025
Citton, Yves, Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, Éditions Amsterdam, 2017
Cuinas, Ana Gallego, « Literature Seen Through Big Data and Artificial Intelligence : Key Concepts and Critical Challenges », dans Humanidades Digitales y Big Data en Iberoamérica Digital Humanities and Big Data in Ibero-America, 2023, p. 25-42, [https://doi.org/10.1515/9783110753523-003]
Nenad IVIĆ, Université de Zagreb
La machine artistique et la mort: le roman, la musique et le passé
Selon l’hypothèse formulée par Giorgio Agamben, la machine artistique moderniste, qui réunit les concepts à la fois complémentaires et incommunicables de l’œuvre et de l’opération artistique, s’oppose fondamentalement aux courants d’avant-garde dans lesquels l’action artistique aspire à être reconnue comme œuvre en elle-même. L’essor des technologies contemporaines de production textuelle accentue cette dynamique : le performatif, c’est-à-dire l’action technologique revendiquant le statut d’œuvre, introduit une transformation profonde des notions établies d’auteur, d’écrivain et de production littéraire. Un nouveau dispositif de création artistique est ainsi en train d’émerger. Dès lors, il convient de s’interroger sur la manière dont le roman, genre résolument adaptatif, se positionne au sein de ce dispositif en formation. Une analyse des stratégies de construction du sens dans le dernier roman de Pascal Quignard, “Il n’y a pas de place pour la mort” (2026), permet d’envisager des pistes de réflexion à cet égard.
Mots-clés : machine artistique, littérature, technologie, Quignard
Meta LAH, Université de Ljubljana
Lecture à l’ère numérique : pourquoi et comment faire lire aujourd’hui
À l’ère numérique, marquée par la fragmentation de l’attention, l’omniprésence des écrans et la prédominance des contenus courts, la lecture semble parfois reléguée au second plan. Pourtant, lire demeure une pratique fondamentale, tant pour l’apprentissage des langues que pour le développement personnel et le plaisir. La lecture permet non seulement l’enrichissement lexical, l’observation de structures linguistiques et l’amélioration de la compétence lectorale, mais elle offre également un espace de ralentissement, d’imaginaire et de réflexion critique, devenu rare dans nos sociétés contemporaines.
Historiquement, la place de la lecture a évolué au fil des méthodologies didactiques : longtemps cantonnée à une lecture analytique et parfois décontextualisée, elle a ensuite été réinvestie par les approches communicatives et actionnelles, qui – le plus souvent, mais pas systématiquement – valorisent le sens, l’interprétation et l’expérience du lecteur. Aujourd’hui, le défi n’est pas de choisir entre lecture et numérique, mais de penser leur complémentarité à travers des dispositifs hybrides, des supports variés et des tâches signifiantes.
L’expérience menée avec différents publics, notamment des étudiants universitaires et des apprenants seniors, montre que la lecture peut rester fortement mobilisatrice lorsqu’elle est accompagnée, contextualisée et valorisée comme une expérience authentique. Chez les étudiants comme chez les seniors, elle favorise à la fois l’autonomie et l’approfondissement linguistique ; elle constitue également un puissant levier de motivation et de plaisir, renforçant le lien social et l’estime de soi. Faire lire aujourd’hui, c’est donc repenser les modalités, sans renoncer à l’essence même de la lecture.
Mots-clés : lecture, ère numérique, FLE, motivation, différents publics

