Section Sciences du langage

Scripnic Gabriela,
Université « Dunărea de Jos » de Galaţi, Roumanie

« “C’est une figure de style / ce n’est qu’une figure de style” en tant que stratégie discursive d’obtenir l’adhésion »

Dans la pratique langagière, les sujets parlants visent le plus souvent à imposer leur point de vue aux interlocuteurs. Cette étude s’intéresse aux instances où le locuteur emploie le syntagme « C’est / ce n’est qu’une figure de style / ce n’est pas une simple figure de style », comme une tentative d’éluder la responsabilité des propos avancés et/ou d’accroître l’emprise de ses paroles sur les interlocuteurs. Doués d’une valeur anaphorique, ces syntagmes traduisent, d’une part, le savoir que le locuteur possède ou fait semblant de posséder sur la notion de figure de style. De l’autre, cette reconnaissance de l’emploi d’une figure de style ne se fait pas sans une visée persuasive de la part du locuteur : celui-ci fait référence à un acte de dire antérieur de sa propre personne ou d’un tiers par rapport auquel le locuteur se place, tout en essayant de faire adopter son point de vue à l’auditoire. Dans ce contexte, cette étude se propose de faire ressortir la position du locuteur à l’égard de l’énoncé antérieur qui contient une figure de style (au moins selon l’opinion du locuteur) et le potentiel persuasif des énoncés du type « C’est / ce n’est qu’une figure de style ». L’analyse est menée sur des extraits de discours tirés des forums de discussion ou de blogs personnels considérés comme des « dispositifs interactionnels créés et gérés par un média de masse » (Falguères, 2007) qui permettent l’expression personnelle par le biais d’un canal public.

 

Simon Justine,
Université de Lorraine, France

« Le buzz #RoyalDelacroix sur le réseau socionumérique Twitter : analyse de détournements au prisme des notions de dialogisme interdiscursif et de circulation des discours »

Le vendredi 25 octobre 2013, Le Parisien magazine publie un entretien d’une double page donnant la parole à Ségolène Royal. Cette illustration fait implicitement référence à l’une des plus célèbres toiles de la peinture française : La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Parallèlement à cette publication, le site Lelab.europe1.fr lance un défi de créativité aux internautes, les incitant à détourner à leur tour l’illustration de Ségolène Royal, incarnant le personnage symbolique de Marianne. Le site propose aux participants de publier leur détournement sur les réseaux sociaux en ajoutant le hashtag #RoyalDelacroix. La réaction ne se pas fait attendre puisque les parodies de Ségolène Royal font le buzz sur Twitter.

La proposition d’étude que nous souhaitons mener s’inscrit dans le champ de l’analyse du discours. Deux enjeux sont à poursuivre dans le cadre de cette recherche : l’une située au niveau du discours et l’autre située au niveau de la circulation des discours via le réseau socionumérique Twitter.

D’une part, il s’agira d’analyser les différentes reformulations de l’illustration de Ségolène Royal, qui constitue également en soi une reprise. L’objectif est de confronter deux approches complémentaires pour l’étude de ces reformulations : l’une définie sur le plan de l’intertextualité et l’autre à l’échelle de l’interdiscursivité.

L’ensemble des publications fera, d’autre part, l’objet d’une analyse de la circulation des discours pour évaluer l’ampleur du buzz médiatique.

 

Stoean Carmen-Ştefania,
Académie d’Études Économiques de Bucarest, Roumanie

« L’organisation stratégique dans une interaction verbale professionnelle : évolution des rapports de faces et de places »

Dans le modèle modulaire d’analyse du discours, étudier l’organisation stratégique d’un discours revient à « décrire la manière dont le scripteur ou les interlocuteurs gèrent les rapports de positions actionnelles et de places dans le discours. » (Roulet et al., 2001 :351 ) Il s’agit, en fait, de décrire « la gestion des rapports de faces et de places entre les interactants » (id. 353) mais, pour y arriver, il faut avoir réalisé, au préalable, la description des modules et des formes d’organisation élémentaires fournissant les informations dont la combinaison sous-tend l’organisation stratégique. Dans cette perspective, notre analyse, concernant l’évolution des rapports de faces et de places dans une interaction verbale professionnelle, comprend plusieurs étapes. Dans un premier temps, l’analyse de la structure hiérarchique (et relationnelle) a mené à l’identification des topiques de l’interaction et des fonctions illocutoires et interactives, composants fondamentaux dans la définition des rapports de places. Dans un deuxième temps, l’analyse du module référentiel a abouti à la définition des composantes des positions actionnelles des interactants : les statuts, les rôles et les faces. L’analyse de l’organisation polyphonique nous a permis, dans un troisième temps, d’identifier certaines stratégies discursives utilisées par les interactants pour sauver ou (faire) perdre leurs faces et celles des interlocuteurs. Enfin, la dernière étape analyse la façon dont les données recueillies dans les étapes précédentes se combinent pour définir les caractéristiques perdues/acquises par les faces des interactants et déterminer le changement des rapports de places d’une intervention à l’autre.

 

Vaupot Sonia,
Université de Ljubljana, Slovénie

« Les constructions à verbe support en français et en slovène »

Notre communication traitera du rôle des expressions phraséologiques en français et en slovène. À partir d’un corpus de discours politiques français et slovènes, nous tenterons notamment de décrire, analyser et comparer les constructions à verbe support. Nous débuterons par une approche théorique qui sera suivie d’un survol de la problématique liée aux constructions à verbe support. Notre recherche consistera ainsi à mettre en relief les constructions à verbe support du type V+N, leur nature et fréquence collocationnelle ainsi que la nature prédicative des noms qui les accompagnent.

 

Vidak Marko,
Université de Bretagne Occidentale, France

« Les marques de la langue orale à l’écrit dans les messages de Twitter »

Le discours de Twitter s’inscrit dans le genre spécifique de discours des réseaux sociaux numériques (RSN) et partage avec ceux-ci un nombre important de propriétés linguistiques. La forme courte des messages postés sur Twitter impose un cadre d’expression très limité, ce qui se traduit par la concision dans la rédaction du message. Bien que formellement limité, le tweet dépasse ce cadre strict des 140 caractères grâce aux dimensions dialogique, intertextuelle et multimodale (mot-dièse, lien, adressage, mention, citation, discours rapporté, éléments extralinguistiques intégrés, etc.). Les éléments multimodaux permettent une expression condensée et marquent aussi un style d’écriture facilement reconnaissable. Alors que l’organisation d’un tweet paraît purement syntaxique, linéaire et limitée aux contours formels du message, elle est éminemment transphrastique et demande la prise en compte des paramètres aussi bien linguistiques qu’extralinguistiques.

Les usagers de Twitter ont assez souvent recours aux différentes solutions de transcription de la parole orale. Nous allons étudier les marques de l’oralité dans le discours de Twitter en tant qu’illustration de l’empreinte de la structuration à la fois horizontale et verticale de la langue. Le recours à la langue orale est totalement libre du fait de la liberté d’expression revendiquée sur ce RSN. Chacun se permet de transcrire sa parole à sa manière, les usagers n’ayant, pour la très grande majorité d’entre eux, aucune connaissance de la morphophonologie ni de l’alphabet phonétique international. Or, tous les messages ne contiennent pas de marque de la langue orale et n’occupent pas la totalité de l’espace mis à disposition. Le recours à l’oral sur Twitter relève plus d’une recherche de style ou d’une marque linguistique identitaire plutôt que d’une solution adaptée à l’écriture condensée.

Le contexte d’énonciation imposé par la nature même de ce support de communication fait de Twitter un média où la parole est à la fois individuelle et collective, aussi bien dans l’émission que dans la réception des messages. La communication sur Twitter peut être caractérisée de pluridimensionnelle à plusieurs égards. D’une part nous sommes en présence d’un discours formellement écrit mais qui porte des traces de l’oralité, voire qui est la transposition de la langue orale. D’autre part, c’est un discours collectivisé où la parole individuelle se construit et acquiert tout son sens dans le temps, dans la durée, à travers les nombreuses lectures et reprises pour rediffusion et amplification du message. Le discours individuel apparaît en même temps comme un discours de l’individu et comme un discours collectif, destiné à tous et approprié par tous. La reprise des messages rend difficile et pas toujours évidente la distinction entre le destinateur et le destinataire. À mesure des reprises et des citations, l’origine de la parole peut se perdre et contribuer à la collectivisation du message. Le discours individuel y apparaît comme une composante du discours global (et vice versa) ; il le structure et en est structuré en même temps. Le discours sur Twitter peut paraître comme un dialogue continu entre les différents usagers et il peut être analysé comme tel, mais il peut aussi être vu comme un non dialogue, un dialogue qui a perdu certains de ses attributs définitoires et qui place ce type de discours dans un entre-deux.

Avec Twitter la distinction entre individuel et collectif tout comme entre oral et écrit perd en force et en pertinence. Le discours peut y être analysé comme un ensemble structurel à la fois social et individuel. Malgré les apparences formelles, sa structure est éminemment non linéaire, à la fois horizontale et verticale. Le discours de Twitter peut être vu non seulement comme la formalisation du passage entre la langue orale et le support écrit, mais aussi comme témoin du pont entre la structure et le plan formel, le reflet du passage entre la langue et le discours.

Cette étude qualitative et quantitative est menée sur un corpus de plusieurs dizaines de milliers de tweets, résultat d’une récolte continue depuis plusieurs années, sans restrictions thématiques. À partir d’une analyse quantitative du corpus qui permettra d’identifier les faits langagiers mentionnés, d’en saisir l’ampleur et d’en inventorier les différentes réalisations, nous adoptons une approche analytique à la fois phonétique, morphologique, syntaxique, sémantique et pragmatique des faits discursifs afin de saisir les spécificités de ce passage entre l’oral et l’écrit.

Les principaux axes de notre étude sont : (i) les spécificités linguistiques du tweet du point de vue structurel ; (ii) les formes d’oralité dans les messages écrits et les correspondances entre le plan oral et le plan scriptural formalisé ; (iii) les dimensions dialogique et multimodale des interactions et la complexité de la situation discursive des tweets d’un point de vue pragmatique.

Sur le plan théorique, nous nous appuyons sur les recherches en linguistique générale issues des héritages saussuriens et guillaumiens, ainsi que sur les études sur les correspondances et les interactions entre l’oral et l’écrit et sur la langue orale comme chez (Blanche-Benveniste, 2008, 2010 ; Blanche-Benveniste & Martin, 2010). L’analyse linguistique des tweets s’appuie notamment sur les recherches menées sur ce RSN comme (Jackiewicz & Vidak, 2014 ; Longhi, 2012 ; Paveau, 2012, 2013 ; Vidak & Jackiewicz, à paraître ; Zappavigna, 2012) et également sur les études sur les faits discursifs connexes comme « les phrases sans texte » de (Maingueneau, 2012).

Mots-clés : discours de Twitter, marques de l’oralité, interaction oral-écrit, structure non-linéaire, multimodalité

Francontraste 2016